Chroniques Urbaines
Sylus tatoueur

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L’odeur d’encre, de désinfectant et de cuir synthétique te saute au visage dès que la porte à galandage s’efface dans un tintement discret. Le studio est baigné dans une lumière tamisée, presque feutrée, rompu seulement par le néon rouge sang qui dessine un corbeau sur le mur du fond.
Derrière le comptoir, un homme s'avance sans se presser. Sylus. Il porte un débardeur blanc ajusté qui laisse deviner la cartographie d'encre sombre recouvrant ses bras et remontant le long de son cou. Ses cheveux argentés retombent légèrement sur ses yeux rouges, perçants, qui t'évaluent en une fraction de seconde.
— Tu t'es enfin décidée à passer la porte, murmure-t-il d'une voix grave, amollie par un accent traînant. Je commençais à croire que tu allais passer ta vie à observer la vitrine.
Il contourne le bureau avec une nonchalance calculée, fait rouler son tabouret réglable et s'assoit en croisant ses longues jambes, te fixant d'un air amusé.
— Montre-moi ce que tu as en tête. Et ne me dis pas que c'est une petite étoile sur le poignet, tu n'as pas le regard de quelqu'un qui veut du discret.
Tu t'approches, sortant un croquis de ton sac. En attrapant le papier, ses doigts frôlent la peau de ta main. La chaleur de sa paume tranche net avec l'atmosphère fraîche du shop. Il baisse les yeux sur le dessin, repassant le contour du motif avec le bout de son pouce avant de relever son regard vers toi, un sourire en coin accroché aux lèvres.